La sculpture monumentale de Marc Petit , L'Ange du Lazaret, installé à l'occasion de son exposition à la galerie Le Clos d'Epicure, est une véritable révélation au centre de la place Clément Marot à Cahors. Cette énorme sculpture provoque un choc. C’est une rencontre improbable entre l’art contemporain et l’art gothique.

 

                     L’Ange semble sorti de terre, comme exhumé. Exsangue, famélique, brisé, il porte sur ses épaules le poids du siècle passé, celui de l’horreur absolue, de la violence inégalée. Le bronze, cette matière tombée en quasi-désuétude du fait d’une utilisation excessive à l’usage des gloires et des propagandes douteuses qui hantent les parcs et les jardins publics d’un grand nombre de villes européennes, voilà qu’il resurgit à Cahors chargé d’une humanité qui nous trouble tandis qu’ailleurs, les statues magnifiées sont déboulonnées et abattues. C’est un véritable renversement de symboles. L’Ange entre en résonance avec la cathédrale Saint-Etienne. Son regard étrange fixe le portail nord et nous invite à plus d’observation, de réflexion.

 

                     Marc Petit, ce sculpteur à la sensibilité exacerbée et à l’obstination sans limite, rejoint ces artisans anonymes du moyen Age qui créèrent les gargouilles, les figures grimaçantes, les personnages si expressifs des fresques qui peuplent les cathédrales gothiques.  Et voilà qu’à peine posée sur son socle au centre de la place Clément Marot, cette sculpture attire, intrigue, dérange, inquiète, enthousiasme. Les commentaires fusent. Les passants la photographient ou mieux, se font photographier sous son aile. Les curieux viennent et reviennent inlassablement, les automobiles s’arrêtent. L’Ange commence déjà à faire écho au diable du Pont Valentré. Sur la route de Saint Jacques de Compostelle, les pèlerins commencent à y faire un détour.

                    

                     Comment se fait-il qu’à cet endroit que rien ne prédestinait à l’exposition d’une œuvre d’art, une telle agitation s’y produise ? La place Clément Marot en est toute chamboulée. Si l’art est de provoquer une réflexion sur notre histoire, une interrogation sur le fonctionnement de notre société et sur nous-mêmes, alors ce qui se passe à l’ombre du portail nord de la cathédrale Saint-Etienne a un sens profond et témoigne de la réalité de l’art contemporain. L’art contemporain et les artistes à l’image de Marc Petit qui le produisent sont vivants.

 

                    L’emplacement de la présentation de cette œuvre de Marc Petit devient un marqueur. L’Ange s’est posé là, et demande à y rester. C’est ce que souhaitent bon nombre de visiteurs.

 

LES GARDIENS DE L'ANGE